Face à la multiplication des événements climatiques, des risques industriels et des situations susceptibles d’affecter rapidement une population, comment la France est-elle réellement préparée ? Dans cette interview, Philippe Jauneau, dirigeant de ciitélécom, revient sur les moyens disponibles pour alerter les populations, sur les responsabilités des collectivités et sur un enjeu qui dépasse largement la technologie : le développement d’une véritable culture du risque.
L’échange aborde également l’évolution des systèmes d’alerte vers des outils plus complets de gestion de crise, capables demain d’exploiter les informations provenant de capteurs, de déclencher des pré-alertes et d’accompagner les responsables dans l’application de leurs plans et procédures.
En parallèle, l’interview ouvre une réflexion sur l’intelligence artificielle appliquée à la sécurité et sur les limites d’une approche excessivement prédictive. Deux univers technologiques différents qui soulèvent finalement une même question : comment mieux anticiper sans perdre de vue la réalité du terrain ?
L’un des constats importants développés par Philippe Jauneau concerne moins la disponibilité des technologies que leur appropriation.
Les outils permettant d’alerter rapidement existent. Le véritable défi consiste aussi à développer une culture du risque, notamment auprès des responsables locaux.
Une commune qui n’a jamais connu d’événement majeur peut être tentée de considérer certains scénarios comme théoriques ou très improbables. Pourtant, lorsqu’une inondation, une submersion marine ou un autre phénomène grave survient, l’absence de préparation peut avoir des conséquences importantes.
L’interview insiste donc sur la nécessité d’anticiper. Identifier les risques, déterminer les populations susceptibles d’être concernées, préparer les messages, organiser les procédures et savoir quels moyens utiliser sont autant de décisions qui doivent idéalement être prises avant la crise.
La question n’est finalement pas seulement de posséder un système d’alerte. Il faut également savoir quand et comment l’utiliser.
L’expérience de ciitélécom permet d’illustrer cette diversité des situations. L’entreprise accompagne environ un millier de collectivités, depuis de très petites communes jusqu’à de grandes villes comme Marseille, Lyon ou Toulouse.
Ses solutions sont également utilisées par plus de 60 % des préfectures, ainsi que par des SDIS, des sites industriels à risque et de grandes entreprises pour leurs propres besoins de gestion opérationnelle des crises.
Cette diversité montre qu’il n’existe pas un scénario unique de l’alerte.
Une collectivité confrontée à un risque d’inondation, une préfecture devant transmettre rapidement une information aux maires, un site industriel exposé à un accident ou une entreprise organisant sa réponse à une crise interne ne disposent ni des mêmes publics ni des mêmes procédures.
Le principe reste néanmoins comparable : identifier rapidement les personnes concernées, transmettre la bonne information et disposer d’un système suffisamment préparé pour être activé lorsque chaque minute compte.
L’interview revient également sur une distinction importante entre communication quotidienne et alerte à la population.
L’application citoyenne OyéOyé est présentée comme un outil d’information et d’échange entre une collectivité et ses habitants. Elle peut notamment servir à suivre des informations municipales ou à signaler certaines situations du quotidien.
Cette fonction ne doit cependant pas être confondue avec celle d’un système d’alerte officiel.
Une application citoyenne peut participer à l’information et diffuser un message de mise en garde, mais l’alerte répond à d’autres exigences opérationnelles. Cette distinction est essentielle pour éviter de considérer tous les canaux de communication comme interchangeables lorsqu’une situation d’urgence survient.
La partie prospective de l’interview montre ensuite comment les systèmes peuvent évoluer.
L’une des pistes évoquées repose sur une interconnexion croissante avec des capteurs terrain. Hauteur d’eau, qualité de l’air ou autres données environnementales peuvent fournir des informations permettant d’identifier plus rapidement une évolution anormale.
Cette capacité ouvre la voie à des mécanismes de pré-alerte.
L’objectif n’est plus uniquement d’attendre qu’une décision humaine déclenche la diffusion d’un message. Le système peut progressivement devenir un environnement capable de faire remonter des données, de signaler une situation et de faciliter la réaction du responsable.
Cette évolution rapproche progressivement l’alerte de la gestion globale de la crise.
La perspective développée dans l’interview dépasse ainsi l’évolution des seuls canaux de diffusion.
L’objectif est d’aller vers une solution capable de prendre en compte l’ensemble d’un plan de gestion de crise, notamment le Plan Communal de Sauvegarde (PCS).
Dans cette logique, le responsable ne disposerait plus uniquement d'un moyen pour envoyer des messages. Il pourrait également retrouver les procédures correspondant à la situation, les personnes à contacter et les différentes actions à mettre en œuvre.
Des fiches réflexes peuvent ainsi guider les utilisateurs : qui faut-il prévenir ? Quelle procédure doit être déclenchée ? Quelles actions doivent être réalisées ? Quels acteurs doivent être mobilisés ?
Lorsque la coordination concerne plusieurs communes, cette organisation peut également s’inscrire dans le cadre d’un Plan Intercommunal de Sauvegarde (PICS), destiné à faciliter la coordination intercommunale.
Le système d’alerte devient alors une composante d’un environnement plus vaste dont la finalité est d’aider les responsables à passer rapidement d’un événement détecté à une organisation opérationnelle de la réponse.
Cette évolution des outils ne peut toutefois produire pleinement ses effets sans formation.
L’interview souligne notamment la situation des nouveaux élus qui prennent leurs fonctions sans nécessairement connaître immédiatement l’ensemble de leurs responsabilités en matière de sécurité et de gestion de crise.
Une formation, même courte, consacrée à ces questions pourrait permettre de mieux comprendre le rôle du maire, les procédures à préparer et les relations à établir avec les différents services de l'État.
Cette approche rejoint directement les objectifs de l’Académie ciitélécom dédiée à la gestion de crise, conçue pour accompagner les acteurs de terrain dans la préparation et l’appropriation des procédures. Pour toute question au sujet de la mise en place de l'accompagnement de l'Académie ciitélécom, contactez l'agence ciitélécom de votre territoire.
La préparation à la crise ne peut donc pas être uniquement technologique. Elle repose également sur la formation, les exercices et l’appropriation des procédures par les personnes qui devront les appliquer.
Développer cette culture du risque revient à faire de l’anticipation une pratique régulière plutôt qu’une réaction consécutive à une catastrophe.